« Ne renoncez pas avant d´avoir essayé » – voilà le message clé délivré aux futures femmes diplomates par Nathalie Loiseau, lors de sa visite à l´Académie diplomatique de Vienne en mars 2017. Diplomate expérimentée, aujourd’hui directrice de l´ENA, Mme Loiseau encourage les jeunes femmes à entamer une carrière diplomatique. Quels sont aujourd’hui les défis à relever ?

 

Avant d’apporter une réponse, il est indispensable de présenter quelques aspects historiques. Au début du XXe siècle, le monde diplomatique est encore exclusivement masculin. Deux pionnières marquent néanmoins l´entrée des femmes dans la diplomatie. La Hongroise Rózsa Bédy-Schwimmer est nommée « envoyé extraordinaire et ministre chargé de mission » à Berne en 1918. Puis, en 1924, la révolutionnaire soviétique Alexandra Kollontai est nommée première ambassadrice du monde à Oslo. Ces deux femmes restent toutefois des cas d’exception. À cette époque, comme la plupart des femmes n´ont pas le droit de vote, elles ne peuvent pas faire partie de la diplomatie officielle. Dans le même temps, elles sont indispensables pour une diplomatie réussie. Grâce à leur salon, centre de sociabilité mondaine, et à leur vaste réseau, les femmes de diplomates facilitent l’échange d’informations officielles et officieuses, et contribuent au maintien des relations au sein du corps diplomatique. En France, la situation sociale et la fortune de la future épouse font même l´objet d´une enquête détaillée par les fonctionnaires du ministère, comme l’explique Isabelle Dasque dans son livre Femmes et diplomatie – France XXe siècle. Les futures épouses doivent en effet venir de familles riches car pour être promu à certains postes à l´étranger, il est nécessaire de disposer d´une solide fortune. Cependant, si l’on s’attend à ce que les femmes fassent avancer la carrière de leur époux, elles restent toujours à l´arrière-plan et ne peuvent pas s’attribuer le mérite de leurs contributions.

Aujourd’hui, bien qu’il y ait eu des progrès dans le monde diplomatique, ceux-ci demeurent peu satisfaisants. Pour en comprendre la raison, il faut prendre conscience des obstacles auxquels les femmes doivent faire face dans leur carrière. D´abord, la spécificité du milieu exige une mobilité fréquente et souvent lointaine. Ensuite, le critère déterminant pour d´être désigné ambassadeur est le principe d´ancienneté. Ainsi, pour avoir une carrière réussie, les femmes autant que les hommes doivent adopter une vie nomade. L´impératif est d´être disponible en permanence. Il n’y a pas d´horaires de travail officiels dans une ambassade. L´article de Eva Dalak « Les femmes diplomates au Quai d´Orsay dans les années 1990 », offre aujourd’hui encore une parfaite illustration des difficultés que les femmes rencontrent dans ce milieu. Parmi la nouvelle génération de diplomates, les gens mariés représentent une minorité et ceux qui ont des enfants sont plus minoritaires encore. Ce qui pose problème, c´est de trouver des postes doubles pour le couple. L´un des deux doit se sacrifier. En général c’est la femme, pour préserver la vie de famille, même lorsque ses compétences sont égales ou supérieures à celles de son conjoint. Certains ministères tentent d’y remédier, à l’instar du ministère des affaires étrangères français dont la feuille de route 2016-2017 prévoit « l’augmentation  du  nombre de  conventions  bilatérales  permettant  l’emploi  du  conjoint  à l’étranger » ainsi que « l’augmentation du nombre d’outils informatiques sécurisés facilitant la mobilité professionnelle et la mise en œuvre du télétravail ». Une autre contrainte qui explique jusqu´ici la faible présence de femmes est l’idée qu´ « il n’est pas possible d´envoyer les femmes n´importe où ». Mais là encore l’argument est faible, si l´on pense que des pays comme l´Arabie Saoudite et l´Iran acceptent les femmes diplomates. En outre, avoir une femme diplomate dans un pays musulman présente le grand avantage qu’elle peut se mettre en contact avec les femmes des pays concernés. Il s´agit de la moitié de la population, autrement inaccessible a un diplomate masculin. Enfin, la nomination d´une diplomate est souvent une décision politique, peu transparente, et il existe toujours une réticence à donner de bons postes, ces « grandes ambassades », aux femmes. Aujourd’hui encore, elles doivent faire face aux préjugés, alors qu’elles devraient n’être jugées que sur leur travail. Mais pour cela, elles doivent avoir une chance de montrer ce dont elles sont capables.

Pour faire avancer les choses, une évolution des institutions ainsi qu’une attitude volontariste des hommes en faveur d´un rééquilibrage homme-femme sont cruciales. Mais il ne faut pas sous-estimer le fait que très souvent, les femmes sont des obstacles à elles-mêmes parce qu’elles s’imaginent ne pas être suffisamment compétentes. Malgré toutes les contraintes et les défis qui existent, elles devraient suivre la consigne de Mme Loiseau, et essayer !

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